lundi 10 février 2020

Refoulé

Refoulé


Je crois que je suis bourré, bien sûr, cette affirmation est à prendre avec des pincettes, venant d'un mec complètement déchiré.
En rentrant dans les chiottes de la boite j'ai un premier réflexe narcissique : me regarder dans le miroir.
Mes yeux sont ternes et mes lèvres violacés, comme si je m'étais noyé dans une mer alcoolisé.
Dans le reflet derrière moi, j'aperçois, la porte d'une cabine ouverte avec une silhouette vaguement féminine à l'intérieur, à genoux, la bouche collée contre un trou dans la paroi : un gloryhole.
Un mec sort en remontant sa braguette de l'isoloir adjacent, à la fois soulagé et un peu honteux comme après une confession à l'église.
Je prend sa place et me fait pomper à travers la cloison. Pas de doute c'est un trav, ça suce comme un mec et ça le don de me faire débander direct. Il m'a cassé mon délire.
Oui, parce que bien que je sois homo quand je suis bourré j'ai envie de nana. Je ne me l'explique pas. C'est étrangement drôle, mais c'est comme ça.
Le trav m'insulte vaguement et un autre me remplace tandis que je rejoins mes copines au bar.
Deux mecs les draguent lourdement mais comme ils proposent de nous payer des verres je laisse faire.
C'est quand même dingue que même ici les chiens de la casse nous poursuivent.
A bon entendeur, si les groupes de filles hétéro vont dans les boîtes gay, c'est justement pour vous évitez.
L'avantage d'accompagner un groupe de jolie fille, c'est de pouvoir profiter des verres offert par des étrangers.
Verres, qu'elles refusent bien souvent de boire, car il arrive parfois qu'un putain de prédateur sexuel y glisse de la drogue à l'intérieur. Un cadeau empoisonné, rien que ça.
C'est pour ça que bien souvent, je fini la soirée en total blackout...mais ce soir j'ai opté pour une autre tactique - et peut être parce que toutes les mauvaises idées ont l'air bonnes quand on est bourré - j'ai pensé brièvement qu'embrasser Laurie, ma meilleure amie (sans blague), devant ce groupe de boloss allait régler le problème.
Hélas, rétrospectivement j'aurais dû me douter que c'était le début de nouveaux problèmes que je n'aurais pas soupçonner…

Le réveil est doux et chaleureux, je suis installé, couette bordé, entouré de coussins comme dans un cocon.
Et un énième blackout, j'ai oublié la majeure partie de ce qui s'est passé la veille, sauf ce baiser qui m'a envouté. Magique.
Je peux encore sentir son gloss qui colle à mes lèvres, son parfum imprégner les draps. Normal, je suis chez elle. Surement, m'a-t-elle raccompagnée.
L'amour de ma vie, ma meilleure amie.
Je me fais toute cette réflexion en parcourant sa chambre du regard, entre les photos avec ses parents et ses amies, je suis la seule figure masculine autre que son père, ici.
Il y en a tellement de nous, partout, que l'on pourrait facilement croire  que nous sommes un couple.
En tout cas c'est ce la conclusion hâtive que ferait un inconnu en rentrant ici.
Sauf que moi, je suis gay et elle, ma meilleure amie. Ouai, comme Will&Grace. Putain de référence.
Ca sent bon le café chaud dans la cuisine et je me lève du lit, habillé d'un de ses teeshirt, ridiculement cintré. Encore un cliché gay.
Elle avait cour en début d'après midi, elle m'a fait du café et acheté des viennoiseries, c'est ce qui est écrit sur le petit mot qu'elle m'a laissé sur la table.
J'avale tout ça, et prends une douche. En sortant de la salle de bain, j'enfile un teeshirt et mon regard s'attarde sur sa commode, là où elle place ses sous vêtements.
L'idée à laquelle vous pensez traverse évidement mon esprit mais je m'abstient. Non, je me retiendrais de respirer ses petites culottes.
Mais qu'est ce qui m'arrive?! Je ne comprend pas. Pourquoi toutes ses pensées étranges, malsaines et surtout maintenant.
Cela fait 5 ans qu'on se connait, 5 ans d'amitié, de rire, de pleurs, de complicité, de moments inoubliable, de souvenir partagé et je n'avais jusqu'alors jamais éprouvé...cela.
Je me rappelle encore la première fois que l'on s'est vu, je veux dire notre rencontre, rhoo je veux dire rencontré. C'est quoi ce vocabulaire de lover.
Le putain de champs lexical de l'amour.
Pourtant quand on y pense, ça n'avait rien de glamour, bien au contraire.
C'était à une fête chez Jessica, elle venait de se faire larguer par Enzo avec qui elle était resté 3 ans - c'était son premier mec - elle avait tellement bu qu'elle en avait vomit par le nez et moi naturellement, je l'avais prise en pitié, lui avait tenu les cheveux au dessus de la cuvette des toilettes.
A partir de là, nous sommes devenu inséparable et ceux jusqu'à aujourd'hui.
Je claque la porte de son studio et me dirige vers le métro quand je reçoit un SMS de Laurie.
Celui-ci me dit qu'elle a rencard ce soir mais qu'elle nous rejoindra peut être après.
Et je ne sais pas si c'est la gueule de bois mais je me sens encore un peu malade, comme déprimé.
Jeudi soir c'est soirée étudiante oblige, tant pis pour elle : à moi les petits culs.

Inévitablement et pathétiquement, je suis rentré seul et bourré, mon téléphone complètement perdu à l'image de son propriétaire.
Laurie n'est pas venue, pire, elle ne m'a pas répondu.
Je n'ai pas vomi, j'ai tout garder en moi, avec ma peine. Parfois, je peux être une putain de drama queen.
Dehors, c'est le printemps et je décide à sortir le bout de mon nez, une fois ma nuit de débauche rattrapée, soit à 16h passé.
Julien m'appelle pour me demander si je suis bien rentré et je lui confie ne pas m'être souvenu de la soirée.
Apparemment, selon lui j'aurais sucer un bear sous le comptoir et lui aurait vomit dessus puis aurait quitté le bar en pleurant Laurie.
Ceci expliquerait certainement cette désagréable sensation au fond de ma gorge, surement un poil de couille coincé dedans.
Et dire que je pensais que tout ça était dû à mon allergie au pollen.
Mon portable me signale un double appel, c'est Laurie. Je met en pause Julien et prend la communication.
Je feins que tout va bien mais je suis pratiquement sûr que Julien ou une autre commère lui a déjà tout raconté de mes exploits de la vieille.
Laurie me propose de se faire une petite séance de shopping et de boire un verre après, elle veut me présenter quelqu'un.

On se retrouve aux galeries. Elle me toise gentiment et me lance :"On va te changer des pieds à la tête!"
"C'est pas de la tête aux pieds qu'on dit normalement?"
"Oui, c'est vrai mais comme on va commencer par tes pieds...et tu vas d'abord jeter tes vieilles stan smith, mon cher monsieur!"
Elle passe dans les rayons en imitant Christina Cordula et se retourne subitement vers moi :"Je sais ce qu'il te faut, mon chéri!"
Des Balenciaga! Chaussures plateformes blanche, si avec ça je fais pas encore plus PD que je ne le suis déjà…
"Avec un petit jean skinny et un polo couleur pastel c'est trop Hot!"
Pauvre de moi qui voulait changé de look pour faire moins pedale.
J'ai l'impression que la mode hétéro de manière générale a tendance a lorgner vers le style homo, il en va de la coupe slim aux sourcils épilés et barbes taillés.
Peut-être parce que les créateurs sont en majorité gay? A moins que ce soit parce que les femmes trouvent les PD plus attirants?
Après ce constat, difficile de crier à l'homophobie quand la société ne cesse de s'inspirer des codes de notre communauté.
Quoiqu'il en soit, cela joue en ma faveur et j'aurais tord de ne pas en profiter.
Une fois mon relooking achevé, elle me demande de l'accompagné dans un magasin de lingerie.
Voila, un autre bénéfice de la situation de meilleur ami "supposé gay" mais qui peut véritablement se transformer en supplice mental, la tentation met à rude épreuve mon sang froid.
Toutes ces nuisettes, ces corsets, ces strings, ces culottes, ces shortys qu'elle essaye devant moi, toutes ces belles choses que je vois et ne toucherais jamais.
Cela me rappelle ce sentiment terrible, quand enfant, je savais au pied du sapin, que des cadeaux de Noël joliment emballés étaient destinés à mes cousins.
Et elle a le culot de me demander "tu me trouves comment?"
Je reste sans voix, la bouche sèche, la gorge serré.
Laurie m'imagine surement comme un végan qui rentrerais dans une boucherie alors qu'en fait je suis ici comme un petit garçon dans un magasin de bonbon.
J'en suis maintenant convaincu, les hommes et les femmes ne peuvent pas être amis.
Regardez-moi, malgré mon orientation sexuelle à contre courant, je suis tenté de succombé à la tentation à contre cœur.
Son téléphone se met à sonner, interrompt la séance d'essayage et par la même occasion m'empêche de ruiner notre amitié.
Ainsi nous partons retrouver son mystérieux interlocuteur autours d'un verre.

Evidemment, fallait s'en douter c'est son nouveau mec. "Alban" qu'elle me fait, comme si il était incapable de dire son prénom tout seul.
J'ai envie de lui dire que ce n'est pas nécessaire de le préciser, vu qu'ils ne seront plus ensemble dans quelques jours.
Mais je me tais, je joue le rôle que je suis sensé jouer. Ce qu'elle attend de moi, son meilleur ami, gay.
Pour parfaire ma composition je vais même jusqu'à dire à Laurie que son Alban est beau garçon. Je mens, évidement.
Pendant qu'on commande au bar, Laurie s'absente au toilette, nous laissant tout les deux entre hommes.
Je le toise de haut en bas, un grand maghrébin quelconque, aux cheveux lissés, sourcils épilés et barbe taillé qui porte des chinos slims et des Balenciaga.
D'ailleurs il ne s'appelle pas Alban mais Wissam, il n'assume pas vraiment d'être français mais ce n'est pas son seul dilemme identitaire.
A son silence je peux sentir qu'il est gêné, pas parce que je suis gay, mais que parce qu’il l'est aussi.
Il garde ses yeux rivés sur son téléphone sans me décrocher un mot et je suis certain que si je me connecte sur Tinder je croise son profil dans l'instant. Bingo.
J'ai deux comptes, l'un homo et l'autre en mode femme, ce qui me permet de voir les mecs hétéro.
Y a rien de plus chaud, le fantasme homo par excellence, convertir ou détourner un hétéro le temps d'une nuit. Lui faire la meilleure pipe de sa vie.
Et maintenant je fais quoi?! Il n'est pas sensé savoir que je l'ai retrouvé sur l'appli, ni elle non plus.
Gêné, j'avale mon verre d'un trait en prétextant un truc à faire pour mon mémoire et promet de je les rejoindre plus tard en boite.

C'était La meilleure chose à faire : l'éviter, pas boire hein. Bien au contraire l'alcool à une emprise sur moi, me fait ressentir n'importe quoi.
Je crois m'enivrer pour échapper à mes pulsions refoulées alors qu'en fait je ne fais que m'enfoncer plus profondément dans mes problèmes.
Pendant quelque temps vaut mieu que l'on ne se croise pas, ça finira par me passer à force...ou pas.
Et puis si c'est pour la voir avec son mec autant que je m'abstienne.
Mais je ne vais quand même pas me cloitrer dans mon studio comme un moine, à me laisser ronger par mes pulsions malsaine et puis j'ai soif, merde.
Faudrait pas que je meurs de déshydratation non plus!

Sans surprise, je me retrouve embarqué à la cage par Julien, Nico et Paul mais comme il n'y a personne on décide de finir au Red Zone.
Et donc je suis une nouvelle fois complètement pété à danser sur de la mauvaise musique en buvant de la mauvaise vodka.
Comme dirait les vieux : je fais mauvais genre!
En parlant de genre y a cette petite là, qui est tout à fait le mien.
Avec ces grands yeux verts, ses longs cheveux blond, sa poitrine généreuse et ses fesses rebondies : elle me rappelle vaguement Laurie.
Je me laisse submergé par la déferlante alcoolisé, je me noie littéralement dedans quand cette fille m'embrasse, cela me fait l'effet d'un bouche à bouche qui me ranimerais, m'empêcherais de sombrer dans les abysses.
Hélas, je me rend rapidement compte que ce n'est pas elle que je désire vraiment.
Bien que je sois ivre, mes sens ne sont pas trompé par sa teinture blonde et ses faux ongles, et même en fermant les yeux je remarque que ce n'est pas le bon parfum.
Quelle imposture. C'est aussi ce que semble penser mes potes à mon sujet.
"Et si je me cherchais une excuse, si l'alcool n'était pas la raison qui me pousse à être attiré par Laurie...Et si je l'aimais vraiment?!"
C'est ma dernière pensée presque lucide.

"VVVVVRRRRRRRRR VRRRRRRRRRR" putain de téléphone "VVVVVRRRRRRRRR VRRRRRRRRRR" Il est déjà 16h "VVVVVRRRRRRRRR VRRRRRRRRRR"
C'est Laurie qui m'appelle, elle va encore me demander où jetais hier et pourquoi je suis pas venu à la soirée.
Je laisse sonner et reçois dans l'instant d'après un SMS me signalant un nouveau message vocal sur mon répondeur que j'écoute sans attendre.
Sa voix larmoyante m'annonce qu'elle se sent mal et qu'elle a besoin de me voir maintenant.
Une fois de plus, je ne sais pas quoi faire : accourir à son chevet où la faire galérer?
Finalement je renonce, je préfère être malheureux à ses cotés que malheureux tout seul.
Et puis qui sait? Peut être qu'un jour elle se rendra compte, comme moi que...c'est pourtant tellement évident.
Malgré tout, je suis toujours là, à la conseiller et la consoler quand elle tombe sur des salauds.
C'est d'ailleurs précisément ce qui s'est encore passé, je peux le deviner quand elle ouvre la porte en voyant son maquillage dégoulinant, aux tas de mouchoirs éparses sur le sol et au pot de glace à la fraise posé sur le canapé.
Elle se jette dans mes bras et de l'extérieur nul doute que l'on dirait un couple qui se réconcilie mais il n'en est pas ainsi.
Après qu'elle ai lâché les vannes, elle m'explique enfin ce qui lui cause tant de peine.
Sans surprise elle me raconte qu'il l'a trompé. Je feins la stupeur et me retiens de lui révéler que j'avais croisé son ex sur Tinder, elle pourrait penser que j'ai été déloyal.
J'ai déjà peur de briser notre amitié avec une relation sentimentale alors je ne m'aventurerais même pas à lui dire ce genre de chose.
Rien qu'à l'idée de la blesser sans le vouloir je me sens mal.
On s'enlace longuement, je sens une érection monter doucement dans mon pantalon et je pense qu'elle aussi la sent, c'est pour ça qu'on s'arrête et qu'elle propose de se préparer pour sortir.
Elle veut se changer les idées, c'est ce qu'elle me dit.
La porte de la salle de bain grande ouverte, elle se déshabille comme si je n'étais pas là, ici, à la mater par le biais de mes vues périphériques.
Son portable n'arrête pas de sonner, je reconnais cette sonnerie très caractéristique : c'est celle de l'appli adopte-un-mec.
Me vient alors une idée lumineuse crée un faux profil sur le site et l'a draguer incognito sous le pseudo : Cyranus de Vergéjac.
En plus je connais exactement son type de mec, j'ai juste à faire une recherche sur google pour trouver les photos qui correspondent.
Je réalise que cela ne changerais rien à ma situation puisque au moment de se rencontrer ce serait toujours moi.
A moins que je lui brise le cœur virtuellement pour qu'elle me tombe une nouvelle fois dans les bras, mais...c'est pas ce qui est déjà arrivé aujourd’hui?!
Laurie sort de la salle de bain en me demandant "Comment tu me trouves?", je lui répond "Sexy" puis elle rétorque "ah, toi si t'étais pas PD…" et nous nous esclaffons ensemble.
Je ris jaune, intériorise, voilà à quoi j'en suis réduit pour me sentir proche d'elle, à tel point que je serais même capable de boire sa bouteille de parfum pour avoir un peu d'elle en moi.
Avec l'alcool que contient ce flacon ce serait double peine pour moi.
Il faut que je reste sobre et par la même occasion maître de mes émotions.
Enfin c'est facile à dire mais quand je la vois se déhancher dans sa mini jupe rouge, j'avoue avoir un peu de mal à me maitriser alors je reste accoudé près du bar.
D'un coté j'ai tellement peur de briser notre amitié et de l'autre je la désire tellement...et je ne suis pas le seul visiblement.
Un mec au crane rasé avec un piercing à l'arcade est en train de l'embrasser. Et moi qui pensais qu'il n'y avait que des gays dans cette boite.
Je sens une pointe de jalousie qui vient m'écœurer, alors j'arrête de les observer.
Évidement, il suffit que je détourne mon regard pour qu'elles finissent par se ramener boire un verre au bar avec moi, "pour me tenir compagnie".
Je m'en serais bien passé, surtout qu'elles veulent boire des shots.
Oui, je sais, c'est à cause de l'obscurité environnante, je ne m'en suis rendu compte qu'au moment où elle n'était plus qu'à un mètre de moi : avec le crane rasé, c'est une fille pas un mec.
Une goudou, une butch, une lesbienne quoi. Vous aussi vous avez été trompez, faites pas genre.
Pas faute d'avoir pris la précaution nécessaire, à savoir de l'emmener dans une boite gay, loin de la tentation hétéro.
Naïvement, je ne pouvait pas me douter que la situation basculerais ainsi. Quelle blague cruelle.

Du coup, j'enchaine les verres de shot de Hulk flambé, ce savant mélange de whisky et get27 qui à défaut de décongeler mon cœur me réchauffe le ventre.
Au fond de moi je le sais, je suis toujours aussi triste.
Cela ne tardera pas à remonter à la surface même si je tente de le noyer dans un puits d'alcool sans fond.
Rapidement, je suis dans le mal. Il faut que ça sorte d'une manière ou d'une autre.
Alors je me dirige vers les toilettes en tanguant de droite à gauche, presque vacillant quand je tombe sur mon pote Julien.
"Hey Dylan! ça va?
Julien! bien et toi?
ça va ça va...t'es pas mal entamé on dirait...au fait il parait qu'on t'as vu embrassé une fille au Boka la semaine dernière ?
Ouai et alors?
Ben...je sais pas, disons qu'on se sent un peu trahis dans la communauté.
Je fais ce que je veux! Ca fait quoi si j'aime bouffer de la chatte?!
En fait pour toi c'est juste un effet de mode, comme porter un jean slim ou des Balenciaga.
Pourquoi ? Tu te sent obligé de porter une plume arc-en-ciel au cul, toi?
Et si jetais amoureux de Laurie ça changerais quoi?
T'es complètement déchiré mec!"
A ses mots, je constate que ma vision se trouble et je sens l'univers tourner autours de moi. Je clos la conversation en refermant la porte de la cabine derrière moi.
S'en suivent hauts le cœur et régurgitations, quelqu'un frappe à la porte des toilettes.
Je crois vaguement reconnaitre la voix de Laurie qui parle à Julien le tout noyé dans le brouhaha lointain de la musique et moi dans mon vomis.
Elle regarde par le gloryhole comme si c'était un œilleton en me parlant sans que je n'en comprenne le moindre mot mais je fini quand même par lui ouvrir.
Le cliché ambulant de lesbienne aux cheveux cours et au piercing à l'arcade me soulève et me sort de là.
"Pourquoi y a encore la butch ?" je fais en postillonnant, les dents encore pleines de morceaux du repas de la veille.
Fallait sans douter, je me retrouve une nouvelle fois au sol avec en prime la goudou qui menace de m'en coller une.
Julien s'interpose et me ramasse puis me fou dans un taxi avec Laurie avant que les videurs s'en mêlent.
"Je crois que vous avez des choses à vous dire. Rentrez bien" nous dit-il en fermant la portière de la voiture.

A mon réveil, retour à la case départ, non pas la zone de confort mais plutôt la friendzone. Rêve mouillé pour réalité à pleurer.
On fini par s'y habitué, comme accoutumé ou dépité, une mauvaise gueule de bois.
L'effet indésirable d'une relation sentimentale tant désiré mais pas prêtes de se réaliser.
"J'aime pas te voir dans cet état là. Je m'inquiète pour toi, Dylan. Vraiment." me dit-elle en s'approchant de moi.
"Je sais…"
"Et tu sais que tu compte pour moi? Je serais toujours là pour toi." elle se pose au dessus de ma tête, m'enlace et me caresse les cheveux.
"Toi aussi...tu es la personne qui compte le plus pour moi, la seule qui me connaisse vraiment, je t'aime...mais différemment d'avant…"
Laurie se redresse subitement.
"Je crois surtout que tu as un problème avec l'alcool!" C'est ce qu'elle me répond droit dans les yeux.
"Non c'est faux, justement ça me donne le courage d'assumer...qui je suis et ce que je veux vraiment. C'est mon vrai putain de coming out"
"Mais non, arrête de dire des conneries, tu fais n'importe quoi quand tu es soul." Elle a un mouvement de recul, comme si elle venait de s'apercevoir que j'avais des poux.
"Alors dans ce cas là, je dois être alcoolique…"
"Comment ça? Qu'est ce que tu veux dire par là?"
"C'est pourtant évident, je suis fou amoureux de toi."
Elle me tourne le dos et murmure gravement "Mais qu'est ce que tu racontes Dylan?"
"Je t'aime Laurie."
En un instant je vois son rictus s'inverser jusqu'à s'effacer.
Il n'y a rien de pire que de voir la personne dont vous êtes épris ne pas vous prendre aux sérieux quand vous lui déclarer vos sentiments.
Après un long moment à observer mes réactions, comme si elle s'attendait à ce que je lui fasse une mauvaise blague, elle me fait : "Je ne veux pas être une expérience pour toi."
"Comment ose tu penser ça de moi? Après tout ce temps comment ose tu me prêter de telles intentions?" que je tente de la rassurer en m'approchant doucement.
"Je crois qu'on ne se reconnais plus." Elle pivote doucement avant de sangloter sur mon épaule.
"Mais on est pas des inconnus pour autant." Avec ma main je relève son menton au niveau du mien.
"Je suis perdue." me murmure-t-elle, les yeux dans les yeux.
"Non, regarde on s'est trouvé." Une larme coule le long de sa joue.
"Qu'est ce qui ne va pas?" je lui demande inquiet alors qu'elle m'embrasse.
"Rien. C'est juste que avant, je pleurais dans tes bras parce que j'étais triste et maintenant c'est parce que je suis heureuse."

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